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Algérie: La croissance malgré les défis

Bien que descendant des populations berbères locales, la plupart des Algériens se considèrent désormais comme Arabes. Au cours des dernières décennies, un programme agressif d’arabisation et d’islamisation a renforcé cette tendance, l’Algérie cherchant à effacer toutes les traces du régime colonial français.

 

Juin 2021 - aém. Depuis 2014, la dépendance de l’Algérie à l’égard des revenus d’exportation de pétrole et de gaz pour financer le gouvernement et les subventions élevées accordées à la population est devenue un problème en raison de la chute des prix du pétrole. Fin février 2019, le mouvement de protestation pacifique Hirak a débuté, poussant chaque samedi des milliers de personnes dans les rues à travers le pays. Elle a été déclenchée par la décision du président de longue date Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Sous la pression massive de la rue, il a démissionné le 2 avril 2019. Après qu’un chef d’État temporaire a été nommé au pouvoir, en décembre 2019 Abdelmadjid Tebboune a finalement été élu comme nouveau président.

Les vrais gouvernants
La crise gouvernementale a montré que les véritables détenteurs du pouvoir ont toujours été les généraux de l’armée. Certains qualifient donc le gouvernement de «dictature de l’armée». Les mesures prises pour faire face à la crise sanitaire due à la Covid-19 ont arrêté la protestation Hirak, mais, depuis le début de l’année 2021, le mouvement, que l’on croyait mort, a repris, car le peuple algérien est sans perspective, il ne croit plus que le pouvoir corrompu fasse avancer le pays dans l’intérêt de ses habitants. C’est surtout la jeunesse, par ailleurs désintéressée sur le plan politique, qui exprime soudain haut et fort sa déception et sa frustration dans cette protestation.

Lois religieuses restrictives

Face à la montée de l’islam, il est de plus en plus difficile pour les chrétiens évangéliques de vivre leur foi. Il est par exemple interdit aux églises d’organiser des études bibliques ou des écoles du dimanche. Le gouvernement algérien utilise les lois restrictives de 2006 sur la religion pour fermer les églises protestantes. Il est interdit de partager l’Évangile, cela «ébranlerait la foi d’un musulman». La conversion, ou l’incitation à quitter l’islam, est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Actuellement, quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent des gens sont considérés comme non atteints par l’Évangile.
Néanmoins, au milieu de ces défis, le Seigneur fait en sorte que son Corps tienne bon et grandisse. Selon le Joshua Project, la communauté évangélique, encore petite, croît cependant trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Cette croissance a commencé dans les années 1990 après un renouveau en Kabylie. Parmi les lieux de cultes établis dans des garages et des dépôts, quatorze ont été officiellement scellés ces dernières années. Certaines de ces églises comptent plus de mille membres et retransmettent actuellement leurs cultes en ligne.

Des condamnations à cinq ans de prison à un rythme record
Les autorités ne sont pas restées inactives durant le confinement, mais ont utilisé sans retenue les restrictions comme une excuse pour réprimer plus durement les chrétiens. Par exemple le chrétien Hamid a été convoqué par la gendarmerie et à la mi-janvier cité à comparaître devant un tribunal. Le 21 janvier 2021, il a été condamné en un temps record à cinq ans d’emprisonnement pour «blasphème». En juin 2018, il avait tagué d’un «J’aime» un «post» sur le réseau social Facebook. La caricature présentée faisait allusion au mariage de Mahomet avec Aïcha, alors qu’elle n’avait que neuf ans. Dieu/Allah n’est pas mentionné une seule fois dans le texte. Pendant le prononcé de la sentence, le juge a quitté à trois reprises la salle d’audience pour passer des appels téléphoniques. On avait l’impression qu’il voulait acquitter Hamid, paisible père de famille, mais qu’il a finalement été contraint «d’en haut» à le condamner. L’Algérie dépeint son système judiciaire comme indépendant devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, mais cela ne semble pas être le cas. Hamid a fait appel, mais il a été rejeté en première instance.

Une librairie chrétienne prise d’assaut
Un second exemple concerne le responsable chrétien Rachid, d’Oran. Son affaire remonte à 2018. Une escouade de gendarmes a pris d’assaut sa librairie et a confisqué tout le matériel. Cependant Rachid et son associé ont gagné la bataille juridique et ont été acquittés parce que seuls leurs propres écrits ou des écrits chrétiens y ont été trouvés, mais rien concernant l’islam, le Coran ou Mahomet. Même après avoir été de nouveau accusés par le maire, ils ont été acquittés. La Covid-19 a frappé au moment où ils se battaient devant la justice pour récupérer leur matériel. Après le confinement, quand les mosquées ont rouvert, Rachid s’est rendu au ministère de la Justice pour demander également la réouverture de leur salle de réunion. Au lieu de cela, il a appris que le Bureau des affaires religieuses avait de nouveau porté plainte contre la librairie. Il a également appris qu’il y a plusieurs mois, un juge l’a condamné par contumace à deux ans de prison pour avoir prétendument «ébranlé la foi des musulmans». La sentence est de nouveau fondée sur la fameuse loi religieuse Ordonnance 03-06, qui est souvent utilisée pour la persécution des chrétiens algériens.

Paquets alimentaires pour familles

La population a perdu toute perspective et souffre de manière inexprimable des conséquences économiques des confinements. Les partenaires de l’AÉM répondent, selon leurs possibilités, aux énormes besoins. Avec leur association locale, ils distribuent bimensuellement des paquets alimentaires aux familles particulièrement touchées. Un carton coûte environ 50.– francs suisses
(45.–euros)
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